Le nucléaire et le PS, tribune de Laurence Rossignol

Publié le par chaineze.kabouya.over-blog.com

Le compromis entre l'opinion et le nucléaire repose d'une part sur le confort quotidien procuré par une électricité abondante et bon marché et, d'autre part, sur la confiance accordée à la parole scientifique et industrielle sur la maîtrise du risque.
 
Les citoyens savent, au moins depuis Tchernobyl, que le risque 0 n'existe pas mais ils croyaient, jusqu'à cette semaine, que ce risque était circonscrit aux pays négligents.
 
Pour toutes les nations fortement dépendantes du nucléaire, à Fukushima vient de s'effondrer le mythe de la maîtrise du risque nucléaire. Le monde entier découvre avec effroi, malgré la mobilisation de toute l'intelligence et de tous les moyens technologiques et humains disponibles, la possible impuissance à empêcher la fusion du cœur des réacteurs.
 

En France, ballet des arrogances et confusion des rôles

Dans tous les pays concernés, les pouvoirs publics réévaluent la sécurité de leurs centrales et leur politique énergétique. Alors que l'humilité devrait être de rigueur, on assiste en France à un ballet des arrogances et de la confusion des rôles.
 
Le ministre de l'Industrie, Eric Besson, fanfaronne sur l'incomparable supériorité de nos centrales. Pendant la catastrophe, les ventes continuent. C'est le patron d'EDF, Henri Proglio, qui annonce à la représentation nationale qu'il ne fermera pas Fessenheim.
 
Et le président de la République explique, en substance, que rien ne pourrait affecter notre politique du « tout nucléaire ». Lui, d'habitude si prompt à jouer des peurs, ignore celle, pourtant bien légitime, provoquée par la perte de contrôle de la situation à Fukushima.

 

Le PS n'est pas le prolongement des mouvements antinucléaires

Le Parti socialiste – et personne ne peut feindre de le découvrir aujourd'hui – a fortiori ses élus, n'est pas, à la différence d'Europe Ecologie - Les Verts, le prolongement politique des mouvements antinucléaires des années 70. Des sensibilités plus ou moins favorables au nucléaire y cohabitent depuis toujours.
 
Mais on ne peut comprendre cette diversité si on ignore la spécificité de notre pays : en France, le nucléaire n'est pas qu'une source d'énergie, il est aussi un fleuron industriel, des technologies et des compétences. Penser notre avenir énergétique c'est aussi penser l'avenir de notre industrie nucléaire.
 
Le Parti socialiste a réagi vite et clairement. D'abord en demandant un audit de notre parc nucléaire, auquel le Premier ministre n'a que très partiellement donné suite. S'il s'agit de refaire les mêmes contrôles que ceux déjà régulièrement réalisés, cet audit est une mystification.
 
Nous demandons clairement qu'il soit contradictoire en intégrant la pluralité des points de vue, porte sur l'état de la maintenance et de la sous-traitance et réévalue les risques sismiques et naturels au regard des effets du dérèglement climatique.
 

Moins d'énergie nucléaire, plus d'énergie renouvelable

Ensuite – et les lignes bougent –, en se situant dans un horizon de réduction de la part du nucléaire dans notre bouquet énergétique, nous complétons, en allant plus loin, la demande de moratoire sur les capacités nouvelles. La survalorisation du nucléaire a conduit à une surconsommation structurelle d'électricité et l'énergie nucléaire qui n'est pas une énergie durable doit être réduite, par la sobriété et le développement massif des énergies renouvelables.
 
Enfin, et ainsi toute ambiguïté devrait être levée, le Parti socialiste a, dans le même temps indiqué que l'avenir de nos industries compétentes dans le secteur énergétique devait se tourner désormais vers le traitement des déchets, le démantèlement des centrales (et on peut imaginer qu'après Fukushima, il y aura des commandes) et les filières des énergies renouvelables.
 
Il ne s'agit pas tant de sortir d'une période que d'entrer dans une autre : celle de la transition énergétique qui nous doit conduire vers un monde dans lequel la satisfaction de nos besoins énergétiques ne dépendra plus ni du pétrole ni du nucléaire.

Publié dans Société

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